À y regarder de plus près

 :

Sonia GOUIRAND

Fantastic plastic

Je suis née dans les années pop qui allaient voir l’avènement du plastique, ce matériau protéiforme désormais érigé au rang d’œuvre d’art du quotidien. Fantastique le plastique ? Et tout d’abord, parle-t-on du ou de la plastique ? C’est bien là toute l’ambigüité de ce mot 1 que d’induire à la fois destruction et beauté.

Années plastiques, années euphoriques, années frénétiques : Andy Warhol et Joseph Beuys proclament que nous sommes tous des artistes et la consommation de masse devient réalité culturelle, vécu individuel. Un demi-siècle plus tard, le design fait partie intégrante de nos vies. Mais le plastique, c’est devenu cheap et paradoxal aussi, l’extrême cynisme des marketeurs de tout poil allant jusqu’à proposer aux citadins avides de retour à la nature des objets de couleur verte dans la dive matière …

Le vert incarne à la fois l’écologie et l’espoir ; or c’est le plastique même qui contribue à la destruction des écosystèmes et de la planète. Une telle mise en scène en devient dès lors presque obscène : le plastique se veut sensuel et nous propose courbures et rondeurs, mais vides de tout contact et de toute chaleur, voire même destructrices. C’est cette esthétique du factice que j’ai ainsi voulu montrer : immergeons-nous dans la plastique du plastique.

1 D’où le titre de mon travail en langue anglaise, dans laquelle l’absence d’article renforce cette ambiguïté